Du Datacenter au Cloud public, quel chemin pour la DSI ?

Comme la plupart des DSI, vous avez certainement franchi le cap du Cloud public. Il était plus que temps ! Mais avez-vous déjà cartographié ce nouveau territoire ? Pour appréhender ce vaste espace dont les règles sont complètement inédites, nous avons la conviction qu’une telle carte est indispensable. Nous partageons ici notre propre carte, issue du savoir acquis durant plus de quatre années de projets sur le Cloud, et concrétisée par Icelab. Bien sûr, la carte n’est pas le territoire : l’expérience et la réalité du terrain sont irremplaçables, et c’est ce que nous nous proposons de partager avec vous aujourd’hui.

Rappel pour les DSI qui n’ont pas encore franchi le cap du Cloud Public

Sous l’effet de la digitalisation, le rôle des Direction des Systèmes d’Information (DSI) a évolué et s’est complexifié : non seulement elles doivent se développer sur le Cloud, mais également continuer à faire évoluer le SI actuel et le tout en optimisant les coûts ! Pour la DSI, c’est l’opportunité de s’approprier les enjeux business.  À condition de relever le challenge qui est de passer du statut d’IT Supplier à celui de Business Partner.

Quel chemin vers le Cloud pour la DSI ?

L’expérience a montré que le chemin peut parfois être ardu, en particulier lorsque le SI est très hétérogène en âge et en technologie. En effet, le Cloud est un nouveau territoire qui offre puissance et innovation mais qui redessine en profondeur la manière avec laquelle nous travaillons en IT. Sur le plan technique comme sur le plan organisationnel, les efforts à fournir pour mener cette transformation profonde et en tirer tous les bénéfices sont indéniables.

Pour avancer dans le Cloud, comprendre qu’il y a une courbe d’apprentissage est un point essentiel. La DSI doit entreprendre différents chantiers qui lui permettront d’arriver à maturité, c’est donc un véritable voyage qu’il faut entreprendre.

Les trois chemins majeurs du voyage vers le Cloud

Ces trois étapes correspondent aux enjeux principaux de la DSI :

  • réduire les coûts (#MOVE),
  • améliorer le Time to Market (#CLOUDIFICATION),
  • se digitaliser (#DIGITAL).

Réduire les coûts

La première possibilité (Move) consiste à prendre ses applications et les faire fonctionner à “l’identique” sur le cloud. Parfois appelée lift and shift, cette approche est adaptée pour les applications qui n’offrent pas d’avantages compétitifs et évoluent très peu (Gartner les appelle “ system of record”). La migration s’avère nécessaire si aucune solution SaaS ne convient.

Améliorer le Time to market

Pour les applications qui assurent le business d’aujourd’hui (“ system of differentiation” cf Gartner) et qui évoluent à un rythme plus soutenu, une cloudification est nécessaire pour réduire le coût des changements . La cloudification consiste concrètement à réarchitecturer son application, ce qui apporte l’avantage d’une chaîne DevOps complètement automatisée, un meilleur découplage de l’application et l’utilisation de services managés du Cloud. Si l’effort à fournir (technologique et méthodologique) est plus important, le retour sur investissement est notable : en réduisant le coût des changements, on peut se permettre de faire évoluer l’application plus régulièrement.

Se digitaliser

Cette dernière étape consiste à créer directement des applications Cloud native qui seront les moteurs du business de demain. D’une part, le Cloud facilite l’exploration et les nombreuses itérations nécessaires pour créer des produits digitaux, d’autre part ces applications bénéficient pleinement de la puissance du Cloud et des différents services d’innovation offerts par le Cloud.

De l’IT traditionnelle à l’IT « Cloud fluent », une évolution en profondeur

L’IT actuelle est l’héritière de plusieurs vagues technologiques, dont elle a adopté certaines caractéristiques qui sont autant d’enjeux à traiter pour devenir « Cloud fluent ».

La conception des applications

Beaucoup d’applications sont monolithiques : ce sont des blocs de code dont le le volume est tel qu’il n’est pas possible de les livrer quotidiennement. Les changements sont regroupés par train de livraison, et chaque livraison présente un fort risque car elle embarque beaucoup de jours de travail. Le business doit se caler sur le rythme des trains de livraisons, et ne peut pas répondre à ses enjeux de time to market.

Aujourd’hui le monolithe est remplacé par des unités de code beaucoup plus petites : micro services ou non, la tendance est à la réduction. L’objectif est à la fois de réduire le coût des changements, de réduire le risque (si un composant tombe, les autres fonctionnent), et enfin d’être utilisable aisément par d’autres équipes.

L’accès aux données

L’accessibilité de la donnée est également un enjeu. Historiquement, la donnée est répartie dans différents systèmes, elle n’est pas partagée, et y avoir accès est souvent un parcours du combattant (gestion des droits, accessibilité physique…). A contrario, la tendance actuelle est au partage de la donnée. L’Open Data devient ainsi un driver de l’innovation, et permet d’éviter les coûts de traitement et divers remapping qui rendent la vie des CDO bien compliquée.

L’automatisation

Si l’automatisation existe dans les systèmes traditionnels, elle est souvent faite par silo. La chaîne complète n’est pas forcément automatisée : seuls certains composants le sont. Les architectures Cloud requièrent une automatisation « by design ». Non seulement tout ce qui est conçu est automatisable par défaut, mais surtout la chaîne est automatisée dans sa totalité. On parle de “full stack automation”. Le but est de livrer l’application en production et non simplement de bien réaliser une étape de la chaîne.

L’évolution des compétences IT

L’ère des informaticiens experts sur un domaine technologique très précis est révolue. Aujourd’hui les informaticiens deviennent multi-disciplinaires. Ils doivent développer des compétences en T, avec un socle commun (cloud, automation, DevOps …) offrant une base cohérente et permet à chacun de comprendre les enjeux des autres, auquel s’ajoute une spécialisation. Cela permet de faciliter la résolution des problèmes inter équipes et de donner à tous une vision globale.

L’organisation

La DSI est dans une relation contractualisée avec le business. , et par conséquent est vu comme un “fournisseur de technologies” qui doit délivrer au mieux et au moins cher possible. C’est certainement là l’étape la plus difficile de ce voyage : de fournisseur de technologie, la DSI doit devenir un véritable business partner. Dans le monde digital, la DSI devient un élément clé de la constuction du business. Sa mission n’est plus de faire fonctionner un système, mais d’ouvrir de nouvelles opportunités de marché. Et ce changement de posture est loin d’être aisé.

Le changement est profond et la tentation peut être grande d’appliquer sur le Cloud les mêmes façons de faire afin d’aller vite – comme souvent en informatique !

Or, pour profiter pleinement du Cloud et et concurrencer les business Digital Natives, il faut accepter qu’il y ait une véritable courbe d’apprentissage. Les changements liés au Cloud sont réels. Les 3 chantiers vers le Cloud que nous avons vus ici (move, cloudification , digitalisation) ont des niveaux de difficulté et de disruption différents, et chacun aura sa propre courbe d’apprentissage

Dans le prochain article, nous irons plus loin et verrons qu’on ne peut pas commencer directement par de la gestion industrielle sur le Cloud. A l’instar du modèle proposé par Simon Wardley, il faut passer par les 3 phases de Pioneer, Settler et Town Planner pour se déclarer “mature” sur les sujets et appréhender collectivement ce qui évolue.

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