API Days : API, automatisation et transformation digitale

Pour sa cinquième édition, API Days Paris a rassemblé plus de 1200 développeurs et architectes autour du sujet de l’automatisation IT et de la place des API dans la société et l’économie numérique. Uber, Orange, Stripe, AWS, Axway, Axa Banque, Société Générale ou encore Slack et d’autres sociétés sont venus partager leur expérience des API. Pour ouvrir ces deux journées de discussion, Mike Amundsen, Directeur de l’architecture API chez CA Technolologies, a choisi le sujet de l’automatisation et de son impact sur la société.

Oserons-nous discuter des implications de l’automatisation pour notre futur ? C’est en ces termes que Mike Amundsen résume notre problématique actuelle. Mike Amundsen a réalisé il y a quelques années que son travail menait à la suppression de postes, et selon lui tous les acteurs du secteur technologique devraient se poser la question de la place de l’automatisation dans notre société. La technologie occupe une place centrale dans le monde actuel, et nous ne pouvons pas continuer à ignorer ce qui se passe autour de nous : l’automatisation supprime des emplois. Ce n’est pas un bug, c’est une fonctionnalité !

Mike Amundsen cite l’ouvrage “The second machine age” : nous sommes entrés dans le premier âge des machines quand nous avons appris à utiliser les machines pour aller au-delà de notre force physique (la première révolution industrielle, l’utilisation du pétrole, de l’électricité), nous entrons dans le second âge en utilisant les machines pour aller au-delà des capacités de notre cerveau. Et les statistiques le prouvent, cette nouvelle ère a déjà commencé: aux Etats-Unis, à mesure que la productivité croît, l’emploi dans le secteur privé décroît lentement mais sûrement, sous l’effet de l’automatisation.

Pour Mike Amundsen, le défi que nous devons relever est d’accepter notre futur autonomique. Ni autonome, ni automatique, le système autonomique est avant tout un système où différentes forces s’équilibrent : “Le système nerveux autonomique relève de l’inconscient et des systèmes réflexe. En lien avec le système endocrinien, il joue un rôle essentiel pour l’entretien et la protection des fonctions vitales de l’organisme (système cardiovasculaire, sens de l’équilibre, digestion, respiration…).”(définition Wikipédia)

Dans la construction de ce futur, nous sommes cependant freinés par nos peurs irrationnelles à propos de la technologie. Nous craignons ce que nous ne comprenons pas, nous craignons de subir la loi des robots, nous craignons que les robots prennent nos emplois. Ces peurs sont ancrées en nous depuis longtemps, renforcées par la culture populaire. Le mot “Robot” a été inventé par Karel Capek en 1920, dans sa pièce de théâtre R.U.R (Rossum Universal Robot); “robot” est issu d’un mot tchèque, signifiant “forcé à travailler”. Dans cette pièce, les humains conçoivent des robots qui font progressivement font tout le travail. La valeur du travail devient nulle, les robots fomentent une insurrection et finissent par tuer les humains. On le voit, l’idée que les robots vont détruire la société est aussi vieille que le concept des robots. Plus tard, en 1970 c’est The Forbin Project qui vient cristalliser nos peurs de la machine : les deux super puissances ont construit chacun une IA géante, et ces IA vont se mettre à communiquer et à coopérer pour dominer l’humanité. Google a d’ailleurs annoncé récemment que deux IA avaient communiqué en utilisant un encryptage indéchiffrable par l’homme. De quoi alimenter nos peurs pendant quelques années encore…

API Days

Rossum Universal Robot

Mike Amundsen cite enfin Terminator, que l’on ne présente plus, mais vous aurez compris l’idée : ce que nous ne comprenons pas nous effraie. Nous devons aller au-delà de nos peurs, ne pas craindre un avenir fait de robots et d’IA, mais réfléchir à ce que ce futur implique comme changements. La représentation des robots n’a pourtant pas toujours été anxiogène… dans les années 50, les publicités vantaient les mérites des robots domestiques avec un bouton pour chaque fonction. Est-ce que nous n’aimons pas les boutons ? Un bouton pour lancer les tests, un bouton pour déployer… Quoi qu’il en soit, la réalité est que les robots sont déjà dans nos vies. Des systèmes d’arrosage automatique au pilote automatique dans les avions, des régulateurs de vitesse aux systèmes de navigation GPS… nous ne les identifions pas forcément comme des robots, pourtant ce sont bien des robots et ils nous sont indispensables.

En 1995, Jeremy Rifkin avait déjà anticipé la fin du travail tel qu’on le connaît. Dans son ouvrage “La fin du travail”, il avait prévu que nous aurions besoin de moins en moins de travailleurs, et qu’il fallait se préparer à ce changement. Nous sommes en plein dans ce changement : si en 2015 encore il y avait pénurie de chauffeurs routiers aux Etats-Unis, ce métier est en passe d’être automatisé. Amazon vient d’annoncer les premiers magasins sans caissiers, menaçant ainsi plus de 3,5 millions d’emplois aux Etats-Unis. Dans certains pays, plus de 80% des métiers risquent d’être automatisés dans les années à venir.

Alors que fait-on ? Nous créons les robots, les systèmes d’automatisation, nous contribuons donc à la construction de cette société, c’est donc notre responsabilité de faire des choix, de faire en sorte que les choses changent. Cela suppose de dépasser la peur irrationnelle de la technologie, de reconnaître que les robots font partie de notre vie et d’en tirer parti. Pour Mike Amundsen, nous devons nous focaliser sur le problème le plus important, qui n’est pas de délivrer plus rapidement, mais de designer un nouveau système, autonomique et résilient, répondant à la question de l’automatisation des emplois.

API self service et transformation digitale chez Orange

Est-ce à dire que les API sont la clé d’un futur ouvert, où nous construirons de nouveaux outils apportant une solution aux problèmes soulevés par Mike Amundsen ? Chacun se fera son idée, mais il est certain que les API sont au cœur de l’économie numérique et de sa transformation. On évoque d’ailleurs souvent la révolution digitale, mais pour Thierry Gaillet, Orange, il ne s’agit pas tant d’une révolution que d’une renaissance. La révolution implique de faire table rase du passé, parfois avec une certaine violence d’ailleurs, alors que la transformation numérique nous demande de tirer parti de notre héritage, de redécouvrir et réinventer nos assets. Pour illustrer ce concept de renaissance numérique, Thierry Gaillet choisit justement la renaissance en Italie, et un tableau représentant la bataille de San Romano.

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La bataille de San Romano

Ce tableau présente en effet un mélange de legacy et d’innovation : on y voit l’héritage du Moyen-Age en arrière plan, mais également un élément beaucoup plus moderne, puisque c’est un des premiers tableaux de l’époque à introduire la perspective. Mais, et c’est là le rapport avec les API, c’est une oeuvre modulable et scalable grâce à l’utilisation de modèles reproductibles (les chevaux, les soldats, les lances).

Au sein du groupe Orange, la transformation s’appuie sur différents piliers : les gens, la culture, les plateformes, le Cloud, les process en self-service et les API. Les API permettent de répondre au besoin des collaborateurs de trouver et d’utiliser facilement ce dont ils ont besoin pour avancer dans leurs projets. Chez Orange, différents types d’API permettent de répondre à différents besoins :

  • Les API privées répondent à la nécessité d’être plus agile, de réutiliser et de réduire le time to market
  • Les API partenaires visent à créer de nouvelles sources de revenus partagés (par exemple, dans le cas de l’achat de musique sur le store Orange)
  • Les API publiques ont pour objectif d’ouvrir l’éco-système à tous types de nouveaux partenaires dans un esprit d’open innovation

Enfin les API sont également classifiées en fonction de leur facilité d’utilisation : 600 API sont considérées comme legacy et leur usage est soumis à autorisation, 120 API peuvent être utilisées telles quelles, et une quarantaine d’API sont complètement self-service. Pour Thierry Gaillet, le secret d’une API réussie c’est de pouvoir proposer une offre packagée combinant :

  • Disponibilité 24/7 via un portail de services
  • Facilité d’intégration (SDK, code samples, etc.)
  • Clarté des descriptifs, documentation, pricing, termes et conditions

Les API comme accélérateur d’innovation

Si les API existent depuis le début de l’informatique, c’est surtout depuis 10 ans qu’elles ont connu une forte croissance (en nombre) et une évolution de leurs fonctions pour plus de sophistication, comme l’explique ProgrammableWeb  (le site offre d’ailleurs un annuaire recensant plus de 16 000 API) :

APi Days

 

Le nombre croissant d’API et leur succès s’explique par le fait que les API facilitent le développement applicatif et répondent à la problématique actuelle du « tout interconnecté ». Pour fonctionner et répondre à la demande des consommateurs, les applications doivent pouvoir se connecter à Google Maps, permettre de partager des contenus sur Facebook et les autres réseaux sociaux, etc. Grâce aux API, deux sociétés peuvent ainsi faire communiquer leurs applications de façon automatisée et programmable.

« Les développeurs n’ont plus besoin de tout coder de A à Z et peuvent ainsi se concentrer sur le cœur du produit qu’ils sont en train de développer », explique Romain Huet aux Échos. Les API contribuent ainsi à réduire le coût d’entrée sur le marché pour les start-ups, et à accélérer la croissance des jeunes pousses, d’après une étude de CB Insights citée par les Échos. Mais les API ne concernent pas que les start-up ou les grandes entreprises : le gouvernement a récemment lancé son portail d’API, afin de recenser toutes les API utilisant les données des administrations ou des entreprises sous contrat avec l’Etat. On vous laisse imaginer le progrès représenté par la simplification des démarches administratives grâce aux API !

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