TIAD : la désautomatisation vue par les robots

Jusqu’où pousser le concept de l’automatisation ? A l’occasion du TIAD, nous avons souhaité expérimenter autour des concepts de l’automatisation et de la désautomatisation. Si vous étiez au TIAD, vous avez pu vivre certaines de ces expérimentations, mais avez-vous vu les pièges photographiques ? A l’heure où la vidéosurveillance et ses dérives fait débat, trois expérimentateurs ont choisi de poser leur appareils photos dans les locaux de la Gaîté Lyrique.

Eric Gillet, Stéphanie Fabre, Raphaël Dallaporta ont mené un projet de captation visuelle autour du TIAD. L’objectif était de capter le flux de personnes, à partir d’un boîtier automatisé qui est un détournement d’un piège photographique. Initialement, ce type de boîtier est destiné à photographier les animaux sauvages dans leur environnement naturel. Ici, il a été utilisé pour capturer les mouvements de plusieurs espèces rares : ingénieurs devops, développeurs, ingénieurs Big Data… Plus sérieusement, comme le but était de capter les flux et non les individus, le choix a été fait de déclencher la prise de vue à chaque mouvement. Plusieurs boîtiers ont été disposés en des points stratégiques de l’événement, et ils ont capté une partie de l’installation la veille, et l’ensemble de la journée du TIAD. Au total, ce sont 60 000 clichés qui ont été pris, et qui sont livrés au format brut, sans retouche. Mis bout à bout, ces clichés constituent une vidéo d’une minute trente qui condense l’ensemble de la journée du TIAD : “Ces flux témoignent des propositions de contenus, des synchronicités entre les gens et des moments d’échange. Les salles se vident et se remplissent comme des vases communicants” explique Raphaël. Pour Stéphanie Fabre et Eric Gillet, c’est le parallèle avec les caméras de surveillance qui est intéressant “Comme la vidéo affiche plus de 24 images/secondes, il n’est pas possible de reconnaître les individus. Pourtant, le mode de fonctionnement est similaire à celui d’une caméra de surveillance… cette ambiguïté est amusante.

Raphaël y voit également un parallèle avec le Big Data : « Il y a tellement de données qu’on ne peut distinguer aucun détail. D’ailleurs, aujourd’hui, une photo ce n’est que de la data. Ce sont des données brutes qui sont stockées immédiatement sur le cloud, avant même d’être vues.

En parallèle de cette captation vidéo, Stéphanie Fabre et Eric Gillet sont également allés à la rencontre des participants pour les interroger sur l’automatisation et la désautomatisation. En trois mots, qu’est-ce que ces sujets évoquent ? “Nous voulions récupérer de l’étonnement. En fonction des réponses, et des moments de la journée, on a vu se dégager différents profils. Nous avons constaté également que si l’automatisation était un concept familier pour tous, la désautomatisation était moins évidente : le sujet a parfois provoqué le scepticisme, voire une certaine incompréhension. Nous souhaitons voir comment cette tendance évolue au fur et à mesure des prochaines éditions du TIAD.

Biographies :

Raphaël Dallaporta est photographe. Ses projets de long terme, couvrent un large champ des préoccupations humaines. Il a travaillé en étroite collaboration avec des démineurs (Antipersonnel) , des juristes (Esclavage domestique), des médecins légistes (Fragile) et plus récemment les archéologues (Ruins). Chacun de ses projets à été finalisé par une publication monographique. Raphaël Dallaporta fonde sa démarche sur une approche scientifique afin d’interroger d’abord l’empathie qu’engendrent des sujets de société, et de jouer avec les statuts souvent variées d’une image photographique. Toute son œuvre suit un mouvement qui extrait la photographie de sa condition documentaire pour convoquer une vision symbolique.

Stéphanie Fabre & Éric Gillet vivent et travaillent ensemble. Après des études d’architecture dans plusieurs écoles européennes, ils créent leur agence “de l’errance à la trace” à Paris. Ce nom est à la fois un programme et une posture : « de l’errance à la trace, c’est garder sur le monde qui nous entoure un regard étonné. C’est pouvoir nous écarter de notre point d’équilibre pour changer de point de vue. C’est devenir, en quelque sorte, étrangers à l’architecture pour en avoir une vision objective ». Ils conduisent une expérimentation de terrain axée sur les relations entre les individus, les institutions et leur territoire avec un travail reconnu pour des réalisations socialement très impliquées.

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