Retour sur Paris Open Source Summit 2016

L’Open Source a le vent en poupe en France. Pour sa seconde édition Paris Open Source Summit affiche plus de 200 conférenciers, des partenaires comme le Cigref, Mozilla ou encore le Conseil National du Numérique. Avec pour slogan « Empowering Open Innovation », Paris Open Source Summit 2016 a pour ambition que les modèles ouverts jouent un rôle et occupent une place fondamentale dans l’innovation, qu’ils en deviennent les catalyseurs. Retour sur cette première journée.

Durant la plénière d’ouverture, Benjamin Jean, co-président du Paris Open Source Summit, a dressé le bilan du chemin parcouru depuis la première édition du Summit, et mesuré le travail qui reste à accomplir. Il s’agit maintenant de faire comprendre à l’ensemble des acteurs du monde économique l’intérêt et les bénéfices des modèles ouverts, open data, open hardware, ou open government. Du côté de la communauté, les esprits sont déjà convaincus, en témoignent les nombreuses contributions sur le programme du Summit de cette année, ou la trentaine de projets open source initiés dans ce cadre depuis le mois de février, et tous arrivés à maturité. L’open source a son rôle à jouer dans tous les secteurs, de l’agriculture à l’énergie et à la santé, en passant par la Blockchain, et même les grands comptes privés et publics s’engagent dans des stratégies open source. La SNCF, EDF et le Crédit Mutuel ont ainsi migré vers la base de données open source PostgreSQL. Plus de flexibilité, plus d’agilité, la possibilité de changer facilement les briques sans dépendance à un vendeur : les bénéfices de l’open source pour les entreprises sont nombreux.

Le soutien du Conseil National du Numérique à l’Open Source

C’est ensuite Yann Bonnet, secrétaire général du Conseil National du Numérique , qui est venu défendre la rôle de l’open source dans l’innovation. Le numérique, ce n’est pas qu’une histoire de geeks, c’est un choix éminemment politique selon Yann Bonnet : les choix que l’on fait ne sont pas neutres, et concernent l’ensemble des citoyens. Prenons pour exemple les fondations de l’Internet, basées sur des standards très ouverts. L’open source est partout, on surfe avec le navigateur Mozilla, sur des serveurs Apache, et on utilise des briques open source dans le Cloud et le Big Data. Pour Yann Bonnet, ce succès s’explique par le mode de collaboration très performant, basé sur l’intelligence collective. C’est une tendance globale, que l’on retrouve également aux Etats-Unis par exemple, avec l’agence 18F. Entre design et agilité, l’agence 18F aide les différents ministères dans leurs projets numériques, et prône un gouvernement qui s’appuie sur l’open source :

We find our way through every project by putting the needs of the public first. We use human-centered design, agile methodologies, and open source software to build world-class digital services for the American public.

Le choix d’un numérique ouvert est un choix de société, qui répond à un besoin de performance mais répond aussi à un besoin d’éthique. À l’heure où de plus en plus de décisions sont prises par les algorithmes, la question de l’éthique concerne tous les citoyens : l’enjeu de la confiance en l’économie numérique est essentiel, et l’open source est un moyen de rassurer, d’aider à mieux comprendre en donnant à la communauté la possibilité d’analyser le code.

Paris Open Source Summit 2016

Yann Bonnet lors du Paris Open Source Summit 2016

La mission du Conseil National du Logiciel Libre

A l’échelle française, c’est le Conseil National du Logiciel Libre qui a pour mission de structurer la filière du logiciel libre. Constitué de 12 clusters régionaux et de 300 entreprises, le CNLL contribue notamment à l’Open Source SchoolPhilippe Montarges, co-président du CNLL est venu sur scène faire un bilan des actions du Conseil. Le CNLL s’est notamment engagé cette année dans le soutien à la préférence au logiciel libre dans le projet de loi pour une République numérique. Au final, c’est une solution de compromis qui a été retenue, sous l’influence de différents lobbies : le projet de loi se contente d’encourager l’utilisation du logiciel libre. Autre chantier de l’année, le soutien à la rédaction du Référentiel général d’interopérabilité ; ici l’objectif du CNLL a été de garantir la présence de formats réellement ouverts. Là encore, le risque était grand de voir arriver des formats ne répondant pas aux critères d’ouverture souhaités. Philippe Montarges a terminé son intervention sur une note très positive : d’après une étude menée en début d’année, la filière du logiciel libre en France se porte très bien, avec une croissance moyenne de 15% (contre 2 à 3% pour l’ensemble du secteur numérique, d’après les chiffres du Syntec). Pour les pure players du libre, les choses se passent encore mieux, avec une progression du chiffre d’affaires 1,6 fois plus rapide que l’ensemble du secteur open source. Ce qui devrait se traduire en 2017 par plus de 1000 emplois créés chez les pure players. Et qui dit emploi, dit recrutement et là aussi on constate une pénurie de compétences. Plus surprenant, on apprend que si une moitié des recrutements se font encore sur les filières traditionnelles de l’enseignement supérieur, l’autre moitié est issue de nouvelles filières, comme 42, les formations Web ou encore Simplon. On termine sur les axes d’action du CNLL pour 2017 : promotion de l’open source pour l’innovation, des standards ouverts, services de proximité, emploi et formation… et globalement, développer la confiance et la loyauté dans les services numériques.

Paris Open Source Summit 2016

 

Axelle Lemaire, marraine du Paris Open Source Summit

Cette seconde édition du Paris Open Source Summit a été organisée sous le marrainage d’Axelle Lemaire, secrétaire d’Etat au Numérique et à l’Innovation, et son intervention était attendue. Axelle Lemaire a commencé par resituer la place de la France dans les débats sur le numérique et l’ouverture : nous accueillons en décembre le sommet de l’Open Government Partnership. Il faut mesurer le chemin parcouru, puisqu’en quelques années, la France est passée de la politique de la chaise vide à la présidence du mouvement, qui vise à réunir la société civile, le monde économique et les gouvernements autour du sujet de la gouvernance ouverte. L’ouverture est, selon Axelle Lemaire, à la fois la clé d’une adhésion de masse, mais aussi une source de développement économique et de croissance. Selon un rapport de l’Open Data Institute, plusieurs dizaines de millions d’euros pourraient être générés chaque année par l’ouverture des données publiques, une nourriture immatérielle pour les entreprises innovantes qui utilisent ces données pour créer de nouveaux produits services et de la valeur ajoutée.

Après l’intervention du CNLL, Axelle Lemaire se devait également de défendre le bilan de la Loi du 7 Octobre 2016 pour une république numérique. Selon elle, l’article 6 sur l’Open Data est une petite révolution, dont l’objectif est culturel : il s’agit de changer l’approche des administrations, pour qu’elles soient dans le partage et l’ouverture. Ce qui demande une montée en compétence en interne pour que chaque agent public se pose la question de la maîtrise stratégique des données produites. Pour s’assurer que le changement ait lieu rapidement au niveau local, Axelle Lemaire souhaite s’appuyer avant tout sur les innovateurs.

Paris Open Source Summit 2016

Axelle Lemaire lors du Paris Open Source Summit 2016

Alors, où en sommes-nous sur le sujet de l’ouverture ? L’open algorithme, soit l’obligation pour toutes les administrations de communiquer les critères ayant servi à définir les algorithmes à la base d’une décision administrative, a récemment déclenché une polémique retentissante autour de l’algorithme admission post-bac. Pour Axelle Lemaire, la polémique montre bien l’importance des enjeux autour de cette question, et il y aura un avant/après la loi, puisqu’il ne sera plus possible de transmettre une vingtaine de pages indéchiffrables, comme cela a été fait par le Ministère de l’Éducation Nationale. Autre sujet délicat de la réforme, l’open logiciel : faire en sorte que les administrations choisissent leurs logiciels sur des critères de capacité d’autonomie, de pérennité, et d’indépendance vis a vis des vendeurs. Là encore, un sujet entaché par une récente polémique autour de l’Éducation Nationale et son accord avec Microsoft.

Pour en revenir au thème de cette édition, l’open innovation, Axelle Lemaire a également annoncé le lancement de l’Alliance pour l’innovation ouverte, dont l’objectif est d’embarquer toutes les entreprises qui ne sont pas naturellement dans l’innovation, et d’inciter les grands groupes à cesser d’alimenter des cultures fermées de l’innovation. C’est un enjeu vital pour les grands groupes français : face aux disruptions du marché, il est impératif de réagir et de s’outiller en faisant plus d’open innovation, d’investir stratégiquement sans vue à court terme. A ce jour, l’Alliance pour l’innovation réunit 30 grands groupes du CAC40 (Orange, Michelin, L’Oréal, Engie, Sanofi…) et des start-ups innovantes (liste complète ici).

Dernier sujet de l’agenda, l’open government, qui vise à généraliser la méthode de co-construction d’une loi en ligne, en garantissant un processus transparent de bout en bout et en s’appuyant sur de multiples sources de connaissance pour assurer la solidité des solutions apportées. L’enjeu est d’importance : il faut s’assurer de l’adhésion par la collectivité citoyenne. Axelle Lemaire a conclu par une injonction à ne pas reculer face à la société post information qui fait qu’on s’éloigne de l’objectivation des faits par la data: « Nous sommes dans un monde de la donnée pourtant il n’y a jamais eu autant d’irrationalité en politique ! »

 

 

 

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