Les enjeux de l’apprentissage continu à l’école 42

Révolutionner l’apprentissage de l’IT, mais aussi d’une façon plus générale proposer un modèle pédagogique novateur : c’est l’objectif de l’école 42, qui après trois années d’existence célèbre sa première promotion de diplômés, et prépare également l’ouverture d’une nouvelle école au cœur de la Silicon Valley. Le 4 octobre 2016 lors du TIAD à la Gaîté Lyrique, Olivier Crouzet, doyen d’études à l’école 42 est intervenu pour présenter le modèle 42 basé sur le « Peer learning ». A cette occasion, il a répondu à nos questions sur l’apprentissage continu, la place des experts IT dans l’entreprise, et le rôle du numérique dans la transformation de notre société.

Quels sont les nouveaux enjeux de l’apprentissage continu ? Pourquoi faut-il se focaliser sur les méthodes plutôt que sur les outils, qui sont appelés à évoluer ?

Pour nous, l’équipe pédagogique de 42, c’est un état de fait depuis un certain temps. Depuis environ 10 ans, nous sommes dans l’optique où il ne sert plus à rien d’apprendre un contenu technologique particulier, parce qu’il est amené à devenir obsolète rapidement. De fait, que doit-on mettre dans un cursus pour que les étudiants aient une carrière pérenne ? Il s’agit de leur donner la capacité à résoudre des problèmes nouveaux pour lesquels ils n’ont pas la solution, car ils ne l’ont pas apprise à l’école, une capacité d’adaptation et d’auto formation pour réagir à l’arrivée de nouvelles technologies, quelle que soit la direction qu’elles prennent. On ne sait pas si tel ou tel type de produit va révolutionner le marché, si l’innovation sera du côté des réseaux, des logiciels, des IA, si on va avoir des réseaux à beaucoup plus haut débit, si tout va se retrouver dans le cloud…on peut imaginer de nombreux développement par rapport au point où nous en sommes aujourd’hui, donc il faut que les étudiants puissent s’adapter. Et qu’ils soient capables de participer, d’être pionniers dans ces voies qui vont se développer. Nous voulons leur donner la capacité de créer, et de façonner le futur de façon active plutôt que de ne faire que suivre ou le subir.

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Olivier Crouzet lors du TIAD le 4 Octobre 2016 à la Gaîté Lyrique

A t-on besoin encore besoin d’experts pointus sur un sujet, ou plutôt de généralistes ?

Je ne sais pas si “généraliste” est le terme qui convient, mais on a besoin de gens différents qui soient capables de fonctionner avec des personnes qui sont différentes. On ne cherche pas nécessairement des gens qui sachent tout faire, experts d’un sujet, mais capables par exemple d’interagir avec d’autres métiers. Chez 42, nous ne cherchons pas uniquement des gens très bons techniquement. On peut aussi être moyen techniquement, mais avoir mené des projets tournés vers l’entrepreneuriat, ou être issu d’autres domaines que l’IT comme les sciences sociales, le journalisme, et tirer parti de son expérience dans ces différents domaines. Aujourd’hui certains étudiants de 42 n’ont pas nécessairement un domaine de prédilection technique, ils sont généralistes parce qu’ils ont fait un peu de réseau, d’IA, de sécurité, de BDD, etc. Cette diversité fait notre richesse.

Pour interagir avec d’autres métiers, il faut développer des softskills comme la communication, et savoir sortir de la technique ?

Aujourd’hui l’informaticien est au centre de l’entreprise, il interconnecte tous ses acteurs, son rôle est stratégique car il participe à la définition de nouveaux axes économiques. Le consommateur a maintenant une porte d’entrée sur le système d’information de l’entreprise, et donc l’informaticien est aussi en contact frontal avec le client. Clairement, il faut développer des softskills pour remplir pleinement ce nouveau rôle.

Comment l’informatique contribue-t-elle à changer nos façons de travailler, voire la société dans son ensemble ?

C’est un vecteur de changement économique et sociétal profond. L’informatique permet la globalisation, ouvre de nouvelles voies pour l’économie et l’éducation, et provoque l’uberisation de certains métiers. Cela dépasse la simple automatisation de processus existants, l’informatique est un matériau qui offre de nombreuses possibilités. A mon avis, nous sommes encore dans l’époque du Far West : il reste beaucoup à conquérir, à rationnaliser, tout bouge encore très rapidement. Le numérique est vraiment un élément fort de changement de notre société.

Quels sont les nouveaux champs ouverts par le numérique ?

J’ai envie de croire que nous n’en sommes qu’aux débuts. Les phénomènes comme Uber soulignent le conflit entre l’ancien et le nouveau, et je pense que nous allons en voir dans de nombreux secteurs d’activité. Hier les taxis, aujourd’hui Uber, demain une autre révolution… avec la même désynchronisation, la même distance, énorme et brutale. Si on reprend l’exemple de la révolution industrielle (une série d’améliorations, suivie d’une stabilisation), l’ensemble de la société a fini par s’adapter à cette industrialisation. La révolution numérique aura cependant plus d’impact que la révolution industrielle, la question est de savoir quand nous entrerons dans une phase de stabilisation. Beaucoup ont peur de ces changements qui les font sortir de leur zone de confort et il est amusant de voir qu’ils en témoignent le plus souvent via les réseaux sociaux et la technologie. Il faut pourtant pouvoir évoluer, et la société dans son ensemble doit réussir à trouver cette agilité intellectuelle globale avec le numérique. Cela ne concerne pas que ceux dont le métier est le numérique. Avoir envie d’avancer, être à l’aise avec le changement permanent… cette mentalité n’a pas vraiment été encouragée par l’Education Nationale, qui avait plutôt vocation à figer les choses. Il est important aujourd’hui que l’école puisse transmettre une autre vision des choses à l’ensemble des générations futures.

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Est-ce que le numérique nous amène à plus de collaboration, plutôt que vers la compétition ?

Traditionnellement, à l’école, la collaboration c’est tricher… donc effectivement il ne restait plus que la compétition ! Je pense qu’il faut un équilibre entre les deux, au moins sur l’aspect éducatif. Chaque apprenant ne sera pas réceptif au même moment au même levier d’apprentissage. Un étudiant aura parfois besoin d’être mis en compétition avec d’autres pour le booster, à un autre moment il aura besoin de collaborer, d’être soutenu par ses collègues, et de voir qu’il n’est pas seul face à la problématique… Pour chaque étudiant, c’est un moment différent, ça fait donc partie des choses qui sont complexes à gérer.

Si l’automatisation nous permet de libérer du temps pour innover et créer, comment passe-t-on concrètement de l’exécution à la création ? Comment on accompagne ce changement ?

Ce changement n’est pas toujours simple à mettre en oeuvre selon son passé, ce que l’on a vécu. Il est essentiel de donner de la liberté, de l’espace. Les start-ups sont par nature beaucoup plus propices à la désautomatisation, avec une structure hiérarchique beaucoup plus plate. La créativité vient petit à petit avec le fait de disposer d’un espace de liberté. A l’école 42, nous avons un avantage supplémentaire : il y a de multiples façons d’arriver à un résultat fonctionnel précis. Nous pouvons avoir 50 programmes codés différents, avec le même résultat fonctionnel. Notre cadre pédagogique fait que les étudiants doivent parvenir à un objectif sans qu’on leur dise comment ; à force d’acharnement et de travail, il vont trouver un moyen, un seul, avant de se rendre compte au moment des évaluations que les autres étudiants ont fait complètement différemment. Un contexte d’apprentissage où il y a plusieurs voies pour arriver à un résultat favorise la créativité : on se demande quelles sont les possibilités, au lieu d’en chercher une seule, avant de choisir laquelle utiliser. Cela permet d’habituer à une forme de pensée divergente… pour nous, ce type de pensée est étouffé par l’éducation nationale. L’école a normé les élèves, en les empêchant de développer des façons de penser différentes (voir la vidéo de Ken Robinson ci-dessous). C’est pourquoi nous essayons de les mettre dans un contexte où on élargit systématiquement la perspective. Dans le bon contexte, on peut rapidement prendre de nouvelles habitudes, réfléchir à plusieurs solutions et trouver celle qui nous convient le mieux.

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