Carlos Conde, AWS : « Le Cloud, un accélérateur de l’innovation »

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Carlos Conde

Le salon AWS Re:invent 2015 a lieu cette semaine à Las Vegas. Pour mieux comprendre en quoi le Cloud est une innovation disruptive et comment l’automatisation permet d’optimiser les apports du Cloud, Carlos Conde, évangéliste Cloud chez Amazon Web Services, répond à nos questions sur le sujet.

Quels sont les changements impliqués par ce nouveau modèle d’IT ?

Psychologiquement, le changement peut-être perçu comme un risque. Pour un DSI dont le système actuel fonctionne plus ou moins bien, apporter un changement, quel qu’il soit, c’est prendre le risque que les choses ne se passent plus aussi bien. Nous sommes en effet sur un changement de paradigme, qui consiste à passer d’une infrastructure physique où les serveurs sont considérés comme des machines “sacro-saintes”, pour aller dans un monde où les serveurs deviennent jetables. Si un serveur ne fonctionne plus, je l’éteins et j’allume une autre machine. C’est un système complètement différent qui transforme en profondeur la notion de consommation de la capacité informatique.

Pour comprendre le fonctionnement du Cloud, la métaphore de l’électricité est très parlante : il y a bien longtemps que les usines n’ont plus besoin d’avoir leur propre générateur électrique. Pourtant aujourd’hui certaines sociétés ont encore leurs propres serveurs, qu’elles maintiennent alors que cela n’est pas leur coeur de métier. Dans ce nouveau modèle, la capacité informatique se consomme comme une “commodity”. Cela change complètement la façon de gérer son informatique et son métier. Dans ce modèle, le DSI ne gère plus la maintenance de son informatique, et les équipes qui étaient dédiées à l’installation et au monitoring vont pouvoir gérer d’autres activités. Toute cette partie de l’IT est maintenant gérée par le cloud : l’enjeu est maintenant de comprendre comment consommer de la ressource IT différemment.

Quel est l’apport du Cloud pour les systèmes d’information des entreprises?

Durant les cinq dernières années, il y a eu une explosion de startups qui ont popularisé cette nouvelle façon de déployer une infrastructure et de créer des applications : aujourd’hui beaucoup d’entreprises aimeraient se rapprocher de cette façon de faire et fonctionner de manière plus agile. De grandes entreprises passent maintenant aux méthodologies agiles comme Scrum; a contrario, certaines startups souhaitent évoluer vers la stabilité des grandes entreprises. Ces deux mondes se rapprochent. Cela permet aux entreprises “traditionnelles” de voir quelle est cette nouvelle façon de travailler, découvrir un autre système organisationnel, dans lequel une équipe informatique a une responsabilité complète de l’application qu’elle gère.

Cela suppose de changer la façon dont on produit : dans ce nouveau modèle, la capacité de traitement n’est plus quelque chose de rare qui doit être géré et protégé. La capacité de traitement est payée à la demande et à l’heure, et cela impacte la façon dont le code est créé et l’accès aux ressources. Imaginez que vous n’ayez plus besoin de vous soucier de la quantité de serveurs. Vous avez accès à une quantité illimitée de serveurs, à une quantité illimitée de stockage… qu’est ce que vous changez dans votre organisation ? Concrètement, c’est cela que le Cloud apporte aux entreprises.

Quelle est la maturité du sujet dans les grandes entreprises ?

Elle est très variable en fonction des secteurs. Certaines entreprises sont très avancées sur le sujet : avoir plus de capacité de calcul répondait à un besoin métier fort. C’est le cas des entreprises ayant une activité cyclique avec de gros pics d’activité saisonniers, comme le tourisme. Le modèle permettant de ne payer que ce qui est consommé a été très attractif pour ces entreprises qui ne souhaitaient pas investir sur de la capacité physique à utiliser seulement quelques mois de l’année. Dans le même ordre d’idée, une entreprise qui développe des applications pour les programmes TV a tout de suite vu les avantages du Cloud, qui permet de maintenir un backend pendant 2h, une fois toutes les deux semaines.

Enfin les acteurs traditionnels des domaines financiers, ou de la biotechnologie, qui consomment énormément de puissance de calcul sont très avancés sur le sujet. Depuis la crise financière, beaucoup d’organsimes doivent évaluer le risque de leur portefeuille d’actions beaucoup plus finement. Cela suppose de prendre l’ensemble des positions, d’appliquer des variations et de mesurer l’impact… Par exemple, Bankinter une banque espagnole, effectuait des simulations tous les soirs. Sur leur datacenter physique, mener cette simulation prenait environ 20 heures. En parralélisant les simulations, en lançant autant de machines que de portefeuilles, l’ensemble de la simulation est bouclée en 23 minutes. Louer une machine pour 10h ou 10 machines pour 1h, c’est le même coût ! Mais la grande force du Cloud, c’est de démocratiser l’informatique. Par exemple, Atomic Fiction est une petite startup qui a gagné le marché des effets spéciaux du dernier Star Trek face à de gros studios hollywoodiens grâce au Cloud. Le Cloud permet de mettre un supercalculateur dans les mains de tout un chacun : ce n’est plus un luxe réservé aux grandes entreprises.

Est-ce un nouveau cycle de l’IT ?

Oui, c’est un nouveau cycle où se lancer et créer une infrastructure ne coûte plus rien. C’est un nouveau paradigme qui a permis de tuer le risque. Pour une startup qui se lance, il n’est plus besoin d’investir dans des machines et de la bande passante, de s’engager dans un contrat à moyen terme, il suffit de payer à l’heure. Et si le concept testé ne fait pas ses preuves, il suffit d’éteindre les machines, que ce soit après 2 jours ou 2 semaines. La meilleure façon de promouvoir l’innovation, c’est de réduire le coût du risque. Quand le coût du risque est réduit à zero, l’innovation fleurit. C’est ce qui nous attend dans les prochaines années : beaucoup d’innovation.

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