Automatiser son système d’information : l’interview d’Alain Voiment, CTO à la Société Générale

Futuriste
Alain Voiment est le CTO de l’entité GBIS (banque d’investissement, private banking et security services) à la Société Générale. Il gère tous les sujets d’infrastructure au niveau mondial pour cette direction de la banque.
voimentAuteur de la préface du guide « Automatiser son système d’information, de l’artisanat à l’industrialisation« , Alain Voiment répond ici  à nos questions sur l’automatisation, le continuous delivery et le cloud.

Comment voyez-vous l’évolution du métier de la DSI ? On parle beaucoup de time to market, continuous delivery, cloud…pour vous, quels sont les enjeux futurs auxquels la DSI doit faire face ?

La transformation de l’IT s’est accélérée ces dernières années, en particulier grâce à la promotion de nouvelles méthodes de travail par des géants du Web comme Amazon, Google et Facebook. L’adoption des méthodologies Agiles a permis de rapprocher les développeurs des équipes métiers et de réduire les cycles de développement de plusieurs mois à quelques semaines. Dans ce contexte l’infrastructure doit obligatoirement évoluer pour s’adapter aux nouveaux besoins, en livrant des environnements très rapidement, dans la journée, voire dans l’heure.

L’évolution des technologies est une chance. La virtualisation nous permet notamment de livrer ces environnements beaucoup plus rapidement que lorsque nous utilisions des machines physiques. Cela nous permet d’automatiser les processus de livraison, voire de donner à l’utilisateur la possibilité de provisionner lui-même ses infrastructures via un portail de services. C’est également ce que proposent les acteurs du cloud public : en quelques clics, un développeur peut maintenant se faire livrer des serveurs et une base de données en n’importe quel endroit de la planète. Afin de rester alignés sur le marché, nous devons nous donner les moyens de fournir ce type de service. C’est un vrai challenge et une évolution de notre métier.

Cela implique-t-il de mettre en œuvre de nouvelles compétences au sein des équipes ?

Cette démarche demande de développer de l’expertise : les tâches les plus basiques seront progressivement automatisées, tandis qu’il faudra de plus en plus d’experts avec une double compétence sur l’infrastructure et les bonnes pratiques de développement. Or, jusqu’à aujourd’hui nous n’avions que peu de compétences de développement au sein des équipes d’infrastructure.

Quelle démarche suppose la mise en place d’un processus d’automatisation ?

Cela implique de standardiser au maximum les composants de base et de maîtriser les process de bout en bout. Plus la famille de composants de base sera réduite, plus l’automatisation et la livraison seront efficaces. C’est un vrai travail à entreprendre avec les DSI et les développeurs pour parvenir à limiter le nombre d’environnements et de modèles d’architecture.

Est-ce que l’automatisation est une nouvelle façon de penser l’informatique ?

C’est une évolution logique de l’IT. Nous arrivons à une étape où la technologie nous permet de libérer les équipes des tâches les plus basiques, il ne faut pas s’en priver. En supprimant les tâches à faible valeur ajoutée, et en réduisant la part inévitable d’erreur humaine, les automates peuvent rendre les processus beaucoup plus efficaces. Cette évolution est rendue incontournable par la nécessité de réduire le time-to-market et par l’accroissement des volumes. L’automatisation n’est pas juste un moyen de réduire le coût de l’IT. Elle doit permettre de réinjecter les gains obtenus pour créer de la valeur ajoutée pour les équipes métiers, en finançant des projets qui ne peuvent pas être réalisés aujourd’hui.

L’automatisation ne concerne-t-elle que les grands groupes ?

Le cloud et l’automatisation vont rendre accessibles aux PME des technologies qui ne l’étaient pas par le passé, tant pour des questions de budget que de compétences. Tout cela tend à réduire la complexité de l’IT pour tous les métiers, et à en simplifier l’accès. Cette révolution bénéficiera autant aux grands groupes qu’aux petites entreprises, qui pourront par exemple mobiliser une forte puissance de calcul à moindre coût pour des besoins ponctuels.

En quoi est-ce important d’expliquer ce qu’est l’automatisation ?

Chacun doit prendre conscience que nous vivons actuellement une transformation sans équivalent dans l’histoire récente de l’IT.  Une transformation qui s’accélère et modifie la société dans laquelle les organisations vont connaître des mutations profondes. Il est donc indispensable de faire évoluer nos métiers et d’accompagner cette transition pour que l’IT reste un secteur de pointe, au cœur de l’innovation.

Où en sommes-nous sur cette réflexion en France ?

Aujourd’hui il y a peu de sociétés en France qui ont bien intégré ces transformations et D2SI en fait partie. D2SI a très vite identifié  les acteurs qui allaient révolutionner le marché, et c’est à mettre à leur crédit. Je pense que D2SI est un acteur de référence sur ces sujets, et qui joue bien son rôle : mettre à profit son expertise pour essayer de construire une vision, et accompagner la transformation des entreprises vers cette vision.

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