Interview Yacine Abid : « L’agilité va dépasser le cadre des projets informatiques »

D2SI_Blog_Image_Interview_Agilite

Dix années d’expérience dans le développement logiciel,  en tant que développeur puis chef de projet, ont convaincu Yacine Abid de l’importance de l’humain au sein d’une équipe.

Intervenant en tant que conseiller et coach, Yacine vise à développer le potentiel des équipes via les méthodes agiles et l’amélioration continue. Il a ainsi contribué à l’implémentation des méthodes agiles chez BNP Paribas, Crédit Mutuel et Publicis. Yacine anime également des ateliers de formation en interne sur le sujet de l’agilité.

Yacine Abid

Yacine Abid

Quels sont les enjeux de la démarche Sustainable Innovation dans ton métier ?

Pour la plupart de nos clients, l’agilité est un sujet typiquement innovant qui révolutionne la façon d’envisager le projet et de le faire avancer, notamment en termes de relations et de collaboration. On remet les individus au cœur du process, avec pour objectif de livrer de la valeur ajoutée pour le client.

La mise en place d’un environnement propice au travail, qui instaure un climat de confiance et de transparence, donne aux équipes les moyens de discuter de leurs problèmes, et de les résoudre. Ils sont intégrés dans un processus d’amélioration continue. La cohésion des équipes et leur bien-être s’en ressentent. Chacun devient un acteur direct du projet, et engage sa responsabilité : cela contribue à améliorer les conditions de travail.

Comment les méthodes agiles facilitent-elles la résolution des problèmes ?

Comme le processus est bien cadré, les problèmes sont identifiés plus facilement ; dès qu’il manque un élément, dès qu’il y a un point de blocage, on le voit tout de suite. Le problème ne peut être ignoré, puisqu’il est identifié par toute l’équipe : il faut nécessairement trouver une solution. Le problème est alors adressé et un ou plusieurs membres de l’équipe s’approprient le sujet.

Quel est ton retour d’expérience sur le sujet ? Quels sont les freins à la mise en place de ces méthodes ?

J’ai participé à l’accompagnement d’équipes qui étaient déjà plus ou moins agiles : mon intervention portait sur des parties très spécifiques, et visait à tirer mieux parti de l’agilité, à travailler de façon encore plus efficace. Les difficultés étaient plutôt liées à la validation du processus par le management. Dans un contexte de pression et de réduction des coûts, il n’était pas toujours facile de faire accorder des moyens à l’équipe ou de lui libérer du temps. C’est pourtant indispensable pour effectuer un travail en profondeur.

Plus précisément, sur quels sujets as-tu travaillé dans le secteur bancaire ?

J’étais moteur sur l’approche Kanban. C’est une méthode moins intrusive que Scrum, qui impose moins d’obligations. Le processus existant n’est pas modifié : il est rendu plus visuel, de façon à favoriser les flux. Quand un problème survient, sa cause est analysée et l’équipe travaille à sa résolution.

De plus en plus de problèmes sont ainsi résolus, de façon assez douce, jusqu’à arriver à un processus qui soit fluide et prédictible. Contrairement à Scrum, on ne raisonne pas en termes d’itérations, mais on s’attache à faire avancer nos sujets dans le processus. On a alors un processus prédictible de bout en bout, jusqu’à la mise en production, et cela permet de livrer rapidement et régulièrement.

La banque de financement et d’investissement, est-ce un terrain de prédilection pour l’agilité ?

C’est un contexte métier très exigeant, qui a besoin de solutions rapides pour investir sur les marchés financiers. Les attentes en termes de réactivité sont très fortes, et de fait les équipes sont devenues naturellement agiles. La banque de finance et d’investissement est en effet un terrain de prédilection, mais il y a encore beaucoup à faire pour formaliser les méthodes et enseigner aux équipes les différentes pratiques existantes. L’ADN agile est bien là, c’est un terrain propice à l’amélioration.

Quelles sont les perspectives d’évolution de ces méthodes ?

Je vois principalement deux axes. Tout d’abord, l’agilité va dépasser le cadre du mode projet et de l’IT, pour toucher de nombreuses typologies de projet et d’activités différentes. Ces pratiques sont facilement transposables : par exemple, on trouve des agilistes qui organisent leur mariage en mode Scrum ! Au-delà de l’effet de mode, je pense donc que l’agilité va s’intégrer à tous types de projets.

Le deuxième enjeu est d’amener l’agilité dans toutes les strates de l’organisation. L’agilité a certes bénéficié d’un appel d’air grâce à Scrum, mais cette méthode est assez ciblée et ne répond pas forcément à toutes les problématiques rencontrées dans l’entreprise. Comment apporter l’agilité aux fonctions terrain, au middle ou au top management ? Kanban fournit des éléments de réponse, mais il faut rester à l’écoute de toute nouvelle pratique émergente. Le sujet s’enrichit continuellement de nouvelles idées, et finira par s’implanter dans toutes les couches de l’organisation.

Etre agiliste, c’est aussi être un veilleur actif ?

Méthodologie, coaching, sciences humaines, neurobiologie, gamification…pour mener une veille sur l’agilité, il faut s’intéresser à tous ces domaines, et plus encore. Le sujet est en constante évolution : derrière l’agilité, se pose la question de l’accompagnement au changement. Comment aider les gens à passer d’une pratique à l’autre ?

Les formations théoriques, Powerpoint à l’appui, ne fonctionnent plus vraiment. Il faut être ludique, subtil, engager les gens dans une démarche, les impliquer. Cela fait appel à d’autres compétences qu’il faut agréger pour pouvoir s’adapter à tout type de contexte, pour avoir la bonne approche, le bon ingrédient, au bon moment, et faire en sorte que les choses prennent. C’est ce qui est intéressant dans l’agilité et dans ce métier.

Commentaires :

A lire également sur le sujet :